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incipit du roman 2008 :

La fois suivante, je me suis caché derrière le chêne. J’avais retenu la leçon : je n’irai plus chez monsieur le maire, je ne le réveillerai plus en pleine nuit, ne lui bafouillerai plus d’appeler les gendarmes, qu’il veut nous tuer, qu’il faut faire vite ; j’attendrai, tremblotant, fixant la fenêtre de la cuisine, la cour, l’étable, la route, la ruelle, les ronces ou la maison d’en face, retenant mes larmes, serrant ma lampe de poche bleue en réfrénant l’envie de l’allumer (ce serait trahir ma cachette), priant leur Dieu sans y croire ; j’attendrai, tout simplement, sagement, derrière le chêne, qu’il se rendorme, qu’il se rendorme ou les massacre et me cherche...

(...)

Trois heures du matin, il gelait, j’avais dix ans, j’étais en pantoufles et monsieur le maire ne m’a même pas ramené. Un brave homme, ils prétendaient, ce Lucien, et malin : quand « l’équipement » avait regoudronné les routes, il en avait profité pour faire vider quelques camions chez lui, ainsi réaliser gratuitement la cour la plus propre du village.
J’ai perdu la sensation du froid de cette nuit-là, il me reste juste de la peur, qui peut remonter ; là, trois décennies plus tard, j’ai dix ans. Je n’ai plus peur mais je peux revivre cette peur. Je peux comprendre d’autres peurs.

(...)




Quand les rideaux sont tirés, un agriculteur fait ce qu’il veut chez lui. Le seul maître après Dieu (bien pratique leur Dieu ! Si Dieu ne le voulait pas, il interviendrait, s’il n’intervient pas c’est qu’il le veut !… Donc nous devons nous incliner).
Une femme n’a aucun droit, me répète ma mère.
Si l’agriculteur tue sa femme, ses enfants, il sera condamné. Mais personne, avant, n’interviendra. La limite, c’est donc de ne pas tuer. Ou alors, maquiller le meurtre en accident. Le reste, c’est une affaire de famille. « Dans toutes les maisons, il y a des histoires de famille. »
« Harcèlement moral » et « menaces de mort » n’existaient pas.


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